Je discutais l'autre soir avec la directrice d’un cabinet en RH qui m'expliquait avec une certaine condescendance que ma petite expérience dans ce domaine n’avait fait de moi qu’un « sélectionneur » et non un « recruteur » au sens noble et « consulting » du terme. Ceci n’a en soit n’a pas grande importance, mais m’a amené à jeter un coup d’œil sur le blogging et les RH et je suis tombé sur ++ça++, un billet intitulé graphologie et recrutement, quelle fiabilité ?

Sous couvert d’une écriture pseudo neutre j’ai encore pu lire un plaidoyer pour l’intérêt de la graphologie dans le processus de recrutement.

Je me suis toujours refusé, tant en cabinet que lorsque que j'ai créé et dirigé l’activité « cadres et hautes qualifications » en Aquitaine d’un grand nom du travail temporaire, à utiliser la graphologie. Pour ne rien vous cacher je crois autant à sa valeur scientifique qu’en la lecture de l’avenir dans le marc de café ou les entrailles de poulet.

Pourquoi ? Non que j’ai une quelconque rancœur suite à une mauvaise « grapho », celles que j’ai eu l’occasion de subir n’ont jamais fait obstacle à mon recrutement, mais pour de simples raison de logique scientifique.

Ce qui me gène, c’est que la graphologie est basée sur un raisonnement purement analogique élaboré au 19ème siècle par l’abbé Michon et un certain Crépieux-Jamin. Or si le raisonnement analogique peut avoir d’excellentes vertus pédagogiques il peut aussi devenir très dangereux. Il établit une comparaison ou une similarité, ce qui en fait une forme du raisonnement inductif qui conclu à la généralisation systématique à partir d’un fait isolé. On dira par exemple que telle ou talle autre chose est vraie parce qu’elle est reconnue comme semblable (et non identique) à telle ou telle autre chose reconnue comme vraie, même si cette dernière n’est pas scientifiquement prouvée.

Ces scientifico-charlatants du 19ème siècle, dont les graphologues se réclament encore aujourd’hui, ont donc étudié comment les notables d’une part (notaires, maîtres d’école, politiciens, écrivains), gens forcément intelligents, et les ouvriers, criminels et autres catégories défavorisées formaient leurs lettres depuis a … jusqu’à z, pour en tirer des conclusions du type « celui-ci réussira dans la vie et non tel autre » (Binet). On en est au niveau Fernand Raynaud de l’analyse « j’suis pas un imbécile, j’suis douanier » !

Je vous laisse méditer sur le fait que le syllogisme est une analogie ou l’inverse, mais on abouti à des conneries affirmations du genre de celle-ci : « Une personne qui laisserait par exemple beaucoup d'espace entre ses mots, qui les isole, serait une personne isolée et asociale. » Ionesco était beaucoup plus drôle en affirmant que Socrate était un chat !

Le 20ème siècle a vu quelques analyses parfois plus poussées sur des groupes verbaux, des combinaisons de formes de lettres pour affiner la prétendue « prédictivité » caractérielle et socialisante de l’analyse. Celle-ci étant forcément linéaire compte tenu des moyens de l'époque, et donc non systémique, ce qui la rend critiquable sur le plan scientifique.

Je dois tout de même reconnaître que la graphologie a une certaine utilité dans le processus de recrutement quand l’entreprise ou le consultant doit effectuer un choix final entre plusieurs candidats. Si on se rend compte au bout de quelques temps que celui retenu ne « fait pas l’affaire » les compétences du décisionnaire ne sont pas remises en cause : « On ne pouvait pas prévoir, la grapho était bonne ! »