Ayant toujours sur mon bureau une statuette (n° 698), souvenir d’un court passage chez Kalisto entre 1996 et 1997, je me demandais ce que devenait Nicolas Gaume. Je viens d’avoir un début de réponse sur le blog du très prolifique Loïc Le Meur.

Je ne suis hélas pas bien sur de la portée de la citation de Churchill dans notre économie nationale et encore moins au niveau local ! Non que je critique l’opinion, je serais même assez d’accord avec mais notre environnement est latin et pas anglo-saxon.

Dommage. N’en déplaise à beaucoup, je l’aime bien moi Nicolas Gaume.

Ce qui me gène dans l’histoire de Kalisto ce n’est pas tant le comportement de Nicolas que celui de son entourage qui s’est laissé porté par la vague.

Quand vous êtes emmené deux fois dans les bagages présidentiels pour une visite officielle en Chine, que votre maire, qui de plus est Premier Ministre, vous chouchoute en permanence et fait de vous le « héraut » de l’initiative économique locale, que France Télécom via Wanadoo vous fait les yeux doux sur des projets de jeux vidéos mondiaux en ligne, que le MEDEF vient vous chercher pour siéger dans ses instances nationales et que Steven Spielberg vous parle de faire d’Arkhan (personnage de Darck Earth, une des dernières productions de Kalisto) le héro récurent d’une série TV, avouez qu’à moins de trente ans il y a de quoi perdre la tête !

Je l’ai connu en 1997, alors que je mettais en place dans son entreprise un contrôle de gestion, et j’ai pu juger des réelles qualités humaines du bonhomme qui était loin d’avoir attrapé la grosse tête.

Par contre son schéma économique était dès cette période voué à l’échec. J’ai eu l’occasion de donner mon point de vue, face à Nicolas et à son staff de l’époque. A la vision de l’exception culturelle française du jeu vidéo devant lequel le monde entier allait se soumettre j’ai bêtement demandé si quelqu’un se préoccupait de ce que voulait le marché ? Le tir nourri qui s’en est suivi de la part du staff m’a coûté une proposition de poste dans l’entreprise.

Dès cette période, Kalisto s’engageait dans un schéma connu de crise de développement. Le même qui avait amené Lectra à ses difficultés quelques années auparavant.

Je m’explique :

Au début de la création des jeux vidéos, il suffisait d’une petite équipe, voire d’une personne pour sortir en quelques semaines un jeu qui avait une durée de vie sur le marché supérieure à une année. Vous arrivez donc facilement à financer le développement de différents jeux et disposez de plusieurs jeux en cours de commercialisation. Si un titre est un échec ce n’est pas dramatique. Quelques années plus tard le marché évolue. Il faut plusieurs années et des dizaines voire des centaines de personnes pour sortir un produit dont la durée de vie est le plus souvent inférieure à trois mois, et encore s’il est classé dans les dix premiers hits ! Qu’un jeu ne soit un demi succès et c’est la mort assurée …

On ne peut qu’avoir la croissance de ses moyens !

Quelques mois après mon départ je discutais avec un banquier de l’entreprise qui me demandait mon analyse de la situation. Je me souviens avoir donné deux ans de survie à Kalisto. J’avais raison et je le regrette.